Enjeux pour la santé et l'environnement

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Les choix en matière d'aménagement du territoire modèlent le paysage, forment le terreau des liens sociaux et sont décisifs en matière de biodiversité et de santé.

Les villes, avec de nombreuses possibilités d'interactions sociales et culturelles peuvent être des espaces de santé et de bien-être, souligne une experte de l'OMS sur le sujet. Avant de nuancer certains choix d'urbanisme qui ont prévu d'immenses immeubles anonymes et une circulation trop dense.

L'aménagement d'une ville impacte les déterminants de santé

L'influence de la ville sur la santé peut être directe, comme le trafic routier qui altère la qualité de l'air qui peut déclencher des crises d'asthme des riverains. Il y a aussi les embouteillages et le bruit qui causent du stress. Ou encore la densité des constructions, l'artificialisation des sols et les activités humaines qui participent au phénomène d'îlot de chaleur urbain à l'origine de stress thermique et favorable à la création du smog.

L'influence du milieu urbain peut être moins lisible, en ayant un effet sur des déterminants comme l'activité physique, l'alimentation ou les interactions sociales.

Par exemple, un centre-ville qui favorise l'usage de la voiture avec plusieurs voies de circulation et des stationnements nombreux participe à la pollution atmosphérique, tout de même à l'origine de la mort prématurée de trois millions de personnes, selon l'OMS.
Ainsi, un quartier avec de nombreux parcs ponctués de bancs, sentiers et pistes cyclables favorisera davantage l'activité physique et la vie sociale, bénéfique pour la santé, qu'un autre quartier avec des axes routiers fortement fréquentés, ponctués de supermarchés qu'il faut rejoindre en voiture.

Un urbanisme pour la santé, c'est un urbanisme pour les habitants.
Il met en valeur l'idée que la ville c'est autre chose que des constructions, des rues et des espaces publics, c'est un organisme qui vit, qui respire ;
son état de santé est étroitement lié à celui de ses habitants.

Urbanisme et santé : Un guide de l'OMS pour un urbanisme centré sur les habitants
Association internationale pour la promotion de la Santé et du Développement Durable


Transports : le double effet des modes doux

Pour les déplacements sur des distances réduites qu'offrent les villes, les modes doux (vélo, roller, marche et trottinette) sont bénéfiques pour la santé de celui qui les pratique, avec l'avantage de n'émettre aucun gaz à effet de serre. Les aménagements qui les favorisent se multiplient dans les villes européennes face aux préoccupations de pollution de l'air et de qualité de vie.
Pour les mêmes raisons, des alternatives à l'usage de la voiture en solo se développent comme le covoiturage et le télétravail.
Quid des transports en commun ? Selon les territoires, les offres varient, laissant peu desservies les zones moins denses, en zones rurales ou nées de l'étalement urbain.

Le transport des marchandises est aussi dépendant de l'aménagement des territoires. Les zones denses en population limitent les kilomètres à effectuer pour les livraisons, et aussi ceux parcourus pour s'approvisionner du côté des consommateurs.
De la même manière, les circuits courts, une organisation avec le moins d'intermédiaires possible entre le producteur et le consommateur, sont favorisés par des agglomérations où s'intègrent des territoires agricoles.

Des inégalités sociales renforcées

Les aménagements sont souvent générateurs d'inégalités sociales et de santé. Selon les quartiers, la présence de nature, les aménagements pour les modes doux, la densité de population dans les logements varient énormément, impactant la qualité de vie et la santé des habitants. Pour donner un exemple évident, pensons aux habitats sociaux denses, installés en bordure des périphériques, où, en conséquence, les habitants respirent un air extrêmement pollué. On observe ainsi un cumul entre les inégalités sociales et les inégalités environnementales.

Les banlieues défavorisées sont aujourd'hui souvent moins polluées que les centres-villes.
De quoi réduire les inégalités de santé ?

L'ensemble des études s'accordent à dire que, même lorsque les sujets de milieux sociaux défavorisés résident dans des secteurs urbains moins affectés par la pollution, les conséquences sanitaires de cette exposition sont plus marquées que pour des milieux plus aisés.

Expositions environnementales et inégalités sociales de santé
Séverine Deguen et Denis Zmirou-Navier (adsp, 2010)

L'exposition à la pollution atmosphérique serait donc plus marquée dans les milieux les moins aisés à cause d'un habitat dégradé, les occasions réduites d'aller prendre l'air à la campagne, le moindre recours aux soins, etc.
Devant ces inégalités, de nombreux projets de rénovation urbaine tentent de modifier la tendance. C'est par exemple, à Lyon, le cas du quartier La Duchère, « petit laboratoire » en la matière, progressivement végétalisé (parcs, toitures végétales, jardins collectifs, etc.), pourvu de trottoirs larges et d'aménagements cyclables.

La lutte contre les inégalités sociales va de pair avec un développement moins destructeur de l'environnement, et partant, avec la réduction des inégalités environnementales.

« Inégalités environnementales et sociales : identifier les urgences, créer des dynamiques -
L'avis rendu par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) »

Quel impact d'une forte population sur la biodiversité ?

Les espaces susceptibles d'accueillir la biodiversité sont très restreints en superficie, et entourés par des bâtiments, des rues, des murs, des structures qui ne conviennent pas au mode de vie d'un certain nombre d'espèces car elles n'y trouvent pas de quoi se nourrir ou trouver refuge.

L'encyclopédie de l'environnement

La conséquence de l'isolement de ces espèces dans les zones à l'urbanisme dense serait "une perte de viabilité des populations végétales ou animales par appauvrissement génétique et consanguinité".
De nombreux animaux, comme le hérisson, et de nombreuses plantes, comme celles des milieux humides, ont quitté la ville. D'autres se sont bien adaptées aux caractéristiques des milieux urbains. Ils participent à la présence de nature en ville, facteur essentiel de la qualité de vie et du bien-être pour les citadins.

Des villes « durables », vers quel projet ?

Dans un contexte de croissance des zones urbaines et de réchauffement climatique, est apparu le concept de « ville durable », soit une ville qui limiterait ses impacts sur l'environnement.

Concevoir, développer et entretenir une « ville durable », c'est en faire un terreau propice à l'innovation environnementale, culturelle, sociale et économique, et ainsi favoriser la lutte contre le changement climatique, la gestion vigilante des ressources naturelles et énergétiques, les mobilités partagées, un habitat accessible à tous, mais aussi une meilleure cohésion sociale ou encore une plus grande qualité de vie.

FUN-MOOC : Villes et Territoires Durables

Cette vision diverge de l'étalement urbain, extension des zones résidentielles en périphérie des villes, des bourgs et des villages, un phénomène qui pose de vrais problèmes en santé-environnement.

Des déserts médicaux

Les questions d'aménagement du territoire concernent également les zones rurales. La pollution de l'air et de l'eau, dans le cas d'une agriculture chargée en pesticides ou émettrice de méthane, fait partie des préoccupations qui influencent le choix des lieux de vie, de l'exploitation d'un cours d'eau par exemple.
L'accès aux soins pose aussi problème. Le phénomène est tel que la notion de désert médical est apparue.

3,8

millions de Français
vivent dans une zone sous-dotée
en médecin généraliste

Le manque de médecins sur certains territoires est à l'agenda ministériel depuis plusieurs années. Les zones les plus touchées sont celles estimées les moins attractives par les jeunes médecins, à savoir l'Ile-de-France, le Centre-Val-de-Loire et les territoires d'Outre-Mer.
Pour l'instant, la réponse apportée est la possibilité de consulter un médecin à distance, via Internet. Une pratique désignée par "téléconsultation", encore très peu sollicitée sur des territoires où la couverture numérique est très variable et les populations vieillissantes, notamment pour le Centre-Val-de-Loire.

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