Enjeux pour la santé et l'environnement

tracteur plantation betterave à sucre

PRODUCTION

La biodiversité, offrant une variété incroyable de plantes et d’animaux, forme la base de l’agriculture. Toutes les espèces vivantes contribuent aux fonctions essentielles dont dépend l’agriculture. Une réalité pas toujours prise en compte dans les logiques de production.

Des pesticides ravageurs

Dans les années 1960, avec la « Révolution verte », les engrais et les pesticides sont massivement introduits dans les pratiques agricoles pour intensifier la production, entraînant des problèmes de santé.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a classé un grand nombre de pesticides comme cancérogènes, mutagènes (toxiques pour l'ADN) ou reprotoxiques (nocifs pour la fertilité). Ils font également partie de la grande famille des perturbateurs endocriniens. Derrière ces mots, une myriade de maladies (Maladie de Parkinson, cancers, malformations, infertilité...).

« Pesticides : ce qu'il faut savoir sur ce dossier sensible », France Nature Environnement


Les premiers touchés par les effets des pesticides ? Ce sont les agriculteurs et agricultrices, en contact direct avec ces produits, appuie l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, dans un rapport.  Suivent les populations qui vivent à proximité des cultures.

De surcroit, les pesticides ont un effet dévastateur sur la biodiversité, l’eau et les sols.

90%
des rivières
contaminées
par les pesticides

« Pouvoir se baigner dans une rivière », France Nature Environnement

Des cultures d’OGM cachées?
Les OGM sont des organismes génétiquement modifiés par l’homme en vue d’une meilleure résistance aux aléas naturels. Leur culture à des fins commerciales est interdite en France depuis 2008, selon le principe de précaution (link ressource article principe précaution ORS). Toutefois, le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) dénonce une «inertie des pouvoirs publics qui ont permis aux cultures d’OGM cachés de se poursuivre en France».

La vie de l’eau impactée

L’agriculture impacte la vie de l’eau à plusieurs niveaux.
C’est le secteur d’activité qui consomme le plus d’eau douce, pour l’élevage et les cultures. Il participe aux situations de stress hydrique.

1500 litres
d’eau pour produire
1kg
de blé
ENS – Eduscol
 

En outre, pour répondre aux besoins d’arrosage, d’irrigation et d’approvisionnement en eau des exploitations, les cours d’eau voient leur parcours et leur débit modifiés, lit-on sur EauFrance, impactant l’écosystème local et les zones humides.

La qualité de l’eau pâtit également de l’agriculture intensive, en raison de l’usage des pesticides, mais également à cause des déjections animales rejetées en grandes quantités dans les cas d’élevage intensif.

La concentration des élevages entraîne un excédent de déjections animales par rapport à la capacité d’absorption des terres agricoles. Ces déjections, sous l’effet du ruissellement de l’eau et de l’infiltration dans le sous-sol, enrichissent les cours d’eau et les nappes souterraines en dérivés azotés et constituent une source de pollution bactériologique.

Ecole nationale supérieure – Eduscol

Les conséquences sur l’écosystème sont nombreuses. En Bretagne, par exemple, le nitrate venant des déjections animales et des engrais chimiques s’est mis à polluer les rivières. En conséquence, des marées d’algues vertes se sont formées sur les côtes. Elles seraient la cause de décès humains et animaliers.

Pollution de l’air

Cultures et élevages intensifs impactent aussi la qualité de l’air car elles sont émettrices de polluants atmosphériques.

Le secteur agricole contribue majoritairement aux rejets d’ammoniac et de gaz à effet de serre (méthane et protoxyde d’azote) qui ont un impact global sur le climat.

"Agriculture et qualité de l'air", Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

La production de méthane issue du secteur agricole vient principalement des ruminants qui éructent ce gaz incolore et inodore. Ces émissions sont plus ou moins importantes en fonction de l’alimentation des animaux. (source : Inra)

30%
des gaz à effet de serre
21%
des émissions de particules en suspension (PM10)
émises par le secteur agricole (cultures et bâtiments d’élevage).

« La pollution de l’air en 10 questions », Ademe
et Rapport du GIEC 2019

Il existe également des modes de production agricoles qui respectent le fonctionnement des écosystèmes. Il est question d’agroécologie, de culture de conservation. Ces pratiques ne seraient néanmoins par applicables dans tous les contextes, selon Katia Laval, physicienne et climatologue mise en avant par la Chaire Anca, pilotée par l’Inra et le fonds recherche de l’industriel Danone. 

Destruction des sols et des milieux

L’agriculture intensive est à l’origine de phénomènes d’érosion et de dégradation des sols, entraînant des changements dans les fonctionnements de l’écosystème.

23 %
des terres ont connu une réduction
de leur productivité
en raison de la dégradation des sols

Rapport de l’Ipbes

Certaines cultures sont même à l’origine de la destruction de milieux de vie entiers, entraînant la disparition de la biodiversité qui les occupait. C’est le cas de l’huile de palme, responsable d’une importante déforestation qui a entraîné notamment le décès des orangs-outangs et participe au dérèglement climatique.

Agriculteurs et agricultrices en difficulté

Depuis les années 1960, les marchés agricoles sont de plus en plus compétitifs. Il est devenu difficile pour les agriculteurs de tirer un revenu de leur activité, de rembourser leurs emprunts pris pour s’équiper et d’avoir une vie sociale dans un paysage où les exploitations se sont agrandies. Pris dans un rouage décourageant, les agriculteurs se retrouvent très exposés à la détresse psychique.

1 agriculteur
se suicide tous les 2 jours
en France

Santé Publique France, relayé sur France Culture 

Le plaisir d’une vie rurale et agricole

Le tableau agricole n’est pas seulement noir ! Les exploitations agricoles extensives, c’est-à-dire qui ne maximisent par le rendement à tout prix, font largement partie du plaisir de nos campagnes et de nos assiettes. Il suffit de penser à un paysage d’alpage où broute paisiblement un troupeau de vaches ou aux cerisaies en fleurs croisées au détour d’une promenade.

Dans certaines zones rurales le paysage humain et la vie sociale sont complètement dépendants de l’agriculture. Cette activité valorise les terres. La chute brutale de la consommation de viande pourrait par exemple mener à un exode rural, selon l’agronome Dominique Arrouays. Un point de vue qui reste à mettre en perspective bien sûr mais qui pointe le lien entre démographie et agriculture, entre vie de nos campagnes et activités agricoles.

paquet de chips ouvert

TRANSFORMATION

L’industrie agro-alimentaire est productrice de gaz à effet de serre (GES), à moindre mesure que la production agricole à proprement parler.

15%
des gaz à effet de serre (GES) émis
dans l’agriculture
par la transformation, le conditionnement
et le transport vers les commerces.

« Bilans GES », Ademe

Les additifs alimentaires, un danger ?

L’impact sur la santé des additifs alimentaires est évalué par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire. Les avis de cette instance sur certaines substances sont régulièrement remis en cause par des études scientifiques. UFC-Que Choisir a fait le point sur leur degré « d’acceptabilité » et a publié une liste des « molécules à éviter ».
Parmi les additifs qui font polémique dans le corps médical : le glutamate monosodique, un exhausteur de goût qui donne une saveur si spéciale aux chips parfumées, au surimi ou aux mets des restaurants asiatiques.

Le glutamate peut engendrer un certain nombre de réactions indésirables puisque environ 2% de la population mondiale y est réactive. Les symptômes les plus souvent décrits sont des paresthésies au visage, aux muscles temporaux et masséters, des sensations de brûlures au niveau du tronc, une oppression thoracique, des bouffées de chaleur, des nausées, des vomissements et/ou des céphalées.

Thèse en pharmacie d’Anaïs Deppenweiler publiée par le CNRS

Beaucoup de pesticides dans les surgelés ?

Produire des aliments surgelés – et les consommer - est loin d’être écologique ! Il faut 3 à 4 fois plus d’énergie dans le cycle de vie d’un aliment vers la table du consommateur lorsqu’il est surgelé, apprend-on dans Le Monde.
Par ailleurs, si les produits surgelés permettent de préserver bonne partie des vitamines, certains d’entre eux, comme les framboises et les haricots verts, contiendraient davantage de pesticides sous ce conditionnement, selon une étude parue en 2018 dans 60 Millions de consommateurs.

Un emballage qui finit dans le ventre des poissons

Les emballages alimentaires sont souvent pratiques, pas toujours utiles… et sont surtout de futurs déchets ! Ceux en plastique se retrouvent essentiellement dans les mers et les océans.

1 tonne
de plastique pour
3 tonnes
de poissons
d’ici 2025
si aucune action pour changer les pratiques

n’est menée.
Ministère de l’environnement, lors de l’annonce de l’interdiction de certains emballages plastiques

De nombreux emballages alimentaires sont composés de matériaux associés (carton, plastique, d’aluminium, etc.). Outre leur effet sur l’environnement, certains emballages en plastique contiennent des perturbateurs endocriniens. C’est par exemple le cas de l’intérieur plastifié des boîtes de conserve, informe le Centre Léon Bérard.

La production d’aluminium est, quant à elle, extrêmement polluante. Ce matériau – que l’on trouve dans les canettes, les boîtes de conserve, par exemple – provient de mines de bauxite, à l’origine de la pollution des sols et de déforestation. Sa transformation est aussi énergivore. Ce matériau est recyclable, mais seuls 57% des produits en aluminium connaissent une autre vie, informent Les Amis de la Terre.

Le verre, bon élève du recyclage

78%
des emballages en verre sont recyclés
Ademe 2017

Le processus de recyclage du verre, s’il demande moins d’énergie que la fabrication, reste néanmoins émetteur de GES. Des dispositifs de réemploi des bouteilles en verre sont à l’essai.

Quid de la lisibilité des emballages alimentaires et de leur impact sur la santé et l’environnement ? Il existe l’indicateur Pack Score, diffusé par une société privée, qui donne des éléments aux consommateurs sur la qualité de l’emballage et son impact environnemental.

Le pot de yaourt : 9000 km avant la cuillère !
Si les transports de denrées alimentaires ne sont pas le plus gros poste d’émission de GES dans le secteur agro-alimentaire (6%), ils restent toutefois très conséquents.
Une scientifique de l'institut allemand Wuppertal pour l'environnement a calculé combien de kilomètres sont parcourus pour qu’un pot de yaourt aux fraises atterrisse dans notre réfrigérateur. Résultat : 9 115 kilomètres ! Ces chiffres tiennent compte du trajet parcouru par chacune des matières premières (fraises, lait, levures, sucre, pot, opercule, étiquettes...) et celui du produit fini jusqu'au domicile du consommateur.
Source : « Le yaourt au fraise est gourmand en pétrole », Libération
homme avec chariot dans un supermarché

CONSOMMATION

Nous pourrions être 11 milliards d’habitants sur Terre d’ici 2100, selon les prévisions rapportées par l’Onu. Autant de personnes qui se nourrissent, avec des inégalités immenses entre les zones du globe, entre famine et surconsommation.

Une alimentation qui dépend du paysage ?

Notre alimentation, en ville, serait très influencée par le « paysage alimentaire » - "foodscape" en anglais -, ce que le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) désigne comme l’ensemble des commerces et des espaces de production et de communication autour de la nourriture.
De plus, selon un article de l'Unesco, la consommation serait « structurée par le marché dans lequel le choix individuel, même organisé en action collective, n’a pas la main ». De quoi interroger sur la notion de « démocratie alimentaire ».

Le concept de démocratie alimentaire représente la revendication des citoyens à reprendre le pouvoir sur la façon d’accéder à l’alimentation, dans la reconnexion entre celle-ci et l’agriculture.

Dominique Paturel, Inra, et Patrice Ndiaye, Centre de Recherche et d'Expérimentation sur l'Agriculture Méditerranéenne (Cream)

De l’excès de produits à l’excès de poids ?

Outre le problème du gaspillage alimentaire, se pose un problème sanitaire : celui de la surconsommation. Elle est à l’origine d’une production démesurée génératrice de GES et de pollutions diverses.
La surconsommation est aussi en cause dans la hausse du nombre de cas de surpoids et d’obésité. Les causes de cette pathologie sont complexes. Toutefois, selon l’Inserm, le contexte alimentaire participe à l'obésité avec l’augmentation de la taille des portions, la plus grande densité énergétique des aliments, la disponibilité permanente de l’alimentation, et la baisse des prix alimentaires.

L’obésité a atteint les proportions d’une épidémie mondiale, 2,8 millions de personnes au moins décédant chaque année du fait de leur surpoids ou de leur obésité.

OMS

Se nourrir, un acte aussi psychologique

Se nourrir revêt une dimension sociale et psychologique importante. C’est un lien entre extérieur du corps et intérieur, une expérience sensorielle, sociale aussi lorsque l’on partage un repas avec d’autres personnes. Manger est un acte complexe où se jouent plaisir et déplaisir.
Il arrive que l’alimentation soit le terreau de troubles psychiques comme l’anorexie ou la boulimie. Depuis les années 1990, il est aussi question d’orthorexie, des « pratiques alimentaires, caractérisées par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et par le rejet systématique des aliments perçus comme malsains », venues en réaction à une alimentation très calorique, grasse, salée et sucrée.

Des labels qui rassurent ?
OGM, pesticides, perturbateurs endocriniens, exploitation des ressources dans les pays pauvres… Le consommateur n’est plus tout à fait certain de ce qu’il consomme. Pour le rassurer sur le respect de l’origine, des procédés de production et de transformation des produits, une série de labels officiels (AOP, IGP, AB, etc.) existent. Ils sont contrôlés par des organismes publics, ou par délégation via des organismes accrédités.

63%
des consommateurs
voient dans le label « Max Havelaar »
une rémunération plus juste des producteurs.
Kantar Worldpanel

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