Méthode
Type
Fiche posture et repère

Elaborer et mener une activité éducative en ESE

Mots clés

Les finalités de l’éducation, promotion de la santé environnement (ESE)

Afin de réduire les inégalités territoriales, environnementales et sociales de santé, l’ESE vise un renforcement du pouvoir d’agir des individus et des communautés sur leur santé, sur leur environnement et sur leurs interactions.
Elle est mise en œuvre à travers des processus d’éducation et d’accompagnement au changement, partant des personnes, pour leur permettre de développer des habiletés individuelles et collectives.
Ces processus d’accompagnement se traduisent souvent par des animations collectives éducatives qui supposent quelques repères sur la posture de l’animateur et sur les méthodes à privilégier.

 

Repères méthodologiques

Avant d’animer une séance ou une activité éducative face à un groupe, il est nécessaire de suivre quelques étapes pour s’assurer que l’activité pourra être utile aux bénéficiaires.

  1. Préalables : connaître le public, le contexte, la demande…

En fonction des missions et de la structure de l’animateur qui va mener l’activité éducative, le contexte d’émergence de l’activité peut être multiple et nécessite d’être analysé pour répondre au mieux aux besoins (y a-t-il un projet éducatif au sein de la structure ? est-ce dans le cadre d’un projet particulier ?). Cela suppose aussi pour l’animateur de connaitre le public bénéficiaire  : est-il familier du thème de l’activité, est-il à l’aise avec l’écrit, est-ce que c’est un groupe qui se connait déjà ?... Autant de questions qui vont permettre de penser des objectifs et une stratégie d’intervention adapté au public bénéficiaire.

C’est d’autant plus important lorsqu’il s’agit d’une intervention extérieure. Il est alors fortement conseillé de construire les objectifs et le déroulement de l’activité avec une personne de la structure accueillante (exemple : intervention d’un animateur auprès d’un public scolaire, co-construction au préalable avec le ou les enseignants),

  1. Penser l’accueil : côté logistique (organisation de la salle et du matériel, repérage des lieux).

La réussite de la séance est grandement conditionnée par le souci porté à l’accueil. Il est nécessaire de s’assurer qu’une salle est disponible, que son organisation spatiale facilite les échanges qui passe par le fait que tout le monde puisse se voir et interagir. Pour certaines animations, il peut être utile de prévoir un accueil café/thé (ou pour les temps de pause, ou après l’animation) pour favoriser les échanges par la suite dans un cadre plus informel et convivial.

L’animation peut se dérouler à l’extérieur (milieu naturel, parc urbain, centre de tri sélectif, …). Il est alors primordial de repérer les lieux, veiller aux conditions météorologiques, pour préparer la séance d’animation, prévoir le cas échéant une solution alternative et veiller à la sécurité du groupe.

  1. Définir l’objectif général dans lequel s’inscrit la séquence

Quel que soit l’origine de l’activité éducative, il est important de l’inscrire dans une finalité. Il ne s’agit pas d’animer pour animer, il doit y avoir une intention éducative qui répond à des enjeux qui ont été identifiés (surexposition aux ondes électromagnétiques, pratiques alimentaires non durables, relation à la nature…) en adéquation avec le public et son âge. L’objectif général indique la grande direction qui donne du sens à l’intervention.

  1. Définir les objectifs pédagogiques de la séance : à dimensionner en fonction du temps, du groupe…      

L’objectif général est indispensable pour donner la direction mais il doit être complété par des objectifs pédagogiques ou éducatifs adaptés au public et au temps dont l’animateur dispose. Ces objectifs sont à construire en fonction de ce que l’on cherche à atteindre grâce à l’activité. Classiquement, on souhaite faire évoluer des représentations, des connaissances, des savoir-faire ou des savoir-être ou des savoir-devenir. Centrés sur les résultats attendus, les objectifs pédagogiques sont évaluables contrairement à l’objectif général qui nécessite souvent des approches complémentaires pour être atteint. Les objectifs pédagogiques peuvent également s’inscrire dans une progression pédagogique prévue sur plusieurs séances.

  1. Choisir les outils et techniques pour répondre aux objectifs fixés

Ce n’est qu’une fois les objectifs fixés que l’on peut identifier des approches pédagogiques (scientifiques, artistiques, …), des techniques d’animation ou des outils pédagogiques qui pourront permettre d’atteindre l’objectif. Et ce n’est pas l’inverse car la tentation est grande de trouver une technique d’animation séduisante et de vouloir l’utiliser sans se doter réellement d’objectifs. Pour choisir une technique ou un outil, il existe de nombreux recueil, ouvrages ou bases d’outils. Pour permettre l’implication du groupe, il est préférable de privilégier des techniques qui supposent la participation des personnes. Les travaux en sous-groupe sont une modalité de travail particulièrement riche et productive. Il est également conseillé de varier les approches pédagogiques (pour répondre aux différentes sensibilités des personnes) et les rythmes (alternance grands groupes, petits groupes).

Quand cela est possibles, nous vous invitons également à conduire vos participants sur le « terrain », à sortir des salles : animation dehors, visite de sites, rencontres d’acteurs, …Pour être en prise avec le territoire.

  1. Prévoir les modalités d’animation (intérêt de la co-animation, place de la co-animation…)

Il se peut que l’animateur intervienne avec un autre intervenant qu’il connait peu. Quel que soit le contexte, il est important de s’entendre en amont de l’animation sur le rôle de chacun et sur les intentions éducatives qui devraient être partagées.

  1. Prévoir l’évaluation 

Même si le temps d’animation est cours, il est utile de prévoir une forme d’évaluation brève qui exige peu de temps. Cela peut prendre la forme d’un questionnaire avec des icônes à entourer pour aller plus vite ou des formats collectifs plus ludiques (affiche où chacun vient mettre une croix pour donner son avis). Il est utile d’avoir les avis des participants sur les échanges, sur la possibilité de pouvoir s’exprimer, sur l’intérêt de l’intervention, sur le fait d’avoir mieux compris le problème ou identifié des pistes pour agir…

  1. Anticiper l’après-intervention : perspectives éventuelles, orientation vers d’autres professionnels…

Parfois l’intervention est ponctuelle donc il est nécessaire de penser à l’après en proposant des ressources soit en interne à la structure qui accueille soit vers des structures extérieures pour inscrire l’intervention dans un processus.

 

Repères pour l’animation

Ces repères sont autant de point de vigilance qui permettent d’anticiper d’éventuelles difficultés dans la relation au groupe. Ils mettent l’accent sur la phase sociale d’une animation qui est essentielle pour construire une alliance de travail avec le groupe. L’animateur peut être tenté de rentrer tout de suite dans le vif du sujet (la problématique santé environnement) sans prendre le temps de « rencontrer » le groupe alors que si l’alliance de travail n’est pas là, l’intervention risque de n’avoir aucune utilité voire être contreproductive. Cette alliance de travail se construit et impose à l’animateur d’être garant d’un cadre d’échanges sécurisant. La posture de l’animateur va donc être essentielle (respect de la parole, non jugement…) et la prise en compte des besoins du groupe dans le démarrage d’une animation va contribuer à mettre en sécurité le groupe.

 

  1. Accueillir le groupe

L’accueil du groupe est la première étape de la phase sociale d’une animation. C’est parfois la première interaction de l’animateur avec le groupe donc il ne faut pas sous-estimer cette première impression. Cela passe par un échange avec chaque participant (sourire, bonjour…). De plus, si le groupe ne se connait pas, ce temps d’accueil permet de rassurer les personnes qui pourraient se sentir mal à l’aise.

  1. Se présenter

Il est indispensable que le groupe comprenne la raison de l’intervention et le rôle du ou des animateurs permettant de donner sa légitimité. C’est dans ce temps-là que l’animateur donnera le cadre horaire et les objectifs de l’animation en veillant à utiliser un vocabulaire adapté et non du jargon de professionnel. Il clarifiera également le contexte de l’intervention.

  1. Présentation des participants

Pour que les personnes présentes fassent groupe si elles ne se connaissent pas, il est nécessaire d’intégrer un temps qui permet à chacun d’identifier qui est présent. Il existe de multiples techniques d’animation qui ont pour objectifs la présentation des participants. Ces techniques peuvent également servir à briser la glace en proposant des leviers ludiques.

  1. Prendre en compte les attentes et les motivations à être là

Lorsque l’on anime auprès de groupes « captifs » (qui n’ont pas choisi d’être là), les résistances peuvent être assez fortes. Il sera alors d’autant plus important de prendre le temps pour la phase sociale afin d’installer un climat de confiance. Permettre aux personnes de pouvoir exprimer leur désintérêt à être présent est souvent le meilleur moyen pour amorcer un début de motivation car la personne se sent reconnue et écoutée. Interroger les attentes est un bon moyen pour l’animateur de prendre la température du groupe en ayant un premier tour d’horizon des positionnements de chacun. Ce tour des attentes permet également à l’animateur d’ajuster son intervention en insistant sur les points qui semblent particulièrement important dans le groupe.

  1. Mettre en œuvre les séquences pédagogiques définies en I.4 et I.5

Ce n’est qu’une fois la phase sociale réalisée, donc l’assurance d’une réelle relation avec le groupe, que l’animateur va entrer dans le thème de l’intervention et mettre en œuvre les séquences pédagogiques préparées. En fonction des groupes, cette phase sociale peut-être longue en particulier avec les groupes captifs. Mais, malgré l’attention portée à la relation avec le groupe, il se peut que les séquences pédagogiques ne se déroulent pas comme l’animateur l’avait prévu. Il est alors souvent nécessaire de faire preuve d’adaptation en réajustant certaines consignes ou certaines techniques pour lever les résistances.

 

Des principes sous-jacents

L’animation de groupe renvoie nécessairement aux intentions éducatives que l’animateur porte. Dans le cadre du Pôle ESE, l’animateur s’inscrit dans la définition de l’éducation pour la santé de Jean-Pierre Deschamps : l’animateur doit veiller à ne pas être dans la prescription de bons comportements mais plutôt chercher à donner la possibilité aux publics de parler de leur santé et de leur environnement, des difficultés ou encore des leviers qu’ils peuvent rencontrer. Cela nécessite de partir de là où en sont les personnes notamment leurs représentations initiales sur le sujet. Il s’agit de permettre aux personnes d’acquérir une autonomie d’action soit individuellement soit collectivement en s’inscrivant dans une approche non culpabilisante.